Débat 2015

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19 novembre 2015, Table ronde sur les défis de la Presse Professionnelle de Santé

en partenariat avec le Mastère management pharmaceutique et des biotechnologies, MsM de l'ESCP Europe


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 Les défis de la Presse Professionnelle de Santé

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(Cliquer sur la photo pour écouter l'introduction d'Alain Trébucq)

Toute la presse vit une profonde mutation, notamment du fait de la révolution numérique. Mais pour la presse francophone des professionnels de santé, les défis vont au-delà car des évolutions sectorielles l’impactent fortement, en particulier l’effondrement de ses ressources publicitaires et une place grandissante donnée à la langue anglaise. Alors cette presse saura-t-elle faire face à ces défis ? Cette question était au cœur du débat de la 16e soirée de remise du Prix Editorial 2015 organisée par le Syndicat de la Presse et de l’Edition des Professions de Santé (SPEPS).

Le débat animé par le Dr Alain Ducardonnet avait été préparé avec les étudiants du Mastère Management pharmaceutique et des biotechnologies (MsM) de l’ESCP-Europe. Dans un amphi comble, ces étudiants ont analysé les 4 défis principaux que sont l’effondrement des ressources publicitaires, la menace de la langue anglaise, la menace du numérique pouvant supplanter le papier et enfin, l’émergence d’une multitude d’émetteurs, de la presse grand public aux réseaux sociaux en passant par les associations de patients.

Publicité : - 83% en 15 ans !

Vertigineuse est la pente tracée par l’évolution du marché publicitaire dans la presse médicale généraliste sur ces 15 dernières années : -83% ! Cette chute libre est-elle le signe d’une perte de confiance dans le support ? Non, il faut trouver son explication ailleurs et très certainement dans l’histoire de la presse médicale d’information née dans les années 1970. Bénéficiant des conséquences d’un décret interdisant aux laboratoires pharmaceutiques de promouvoir leurs produits par mailings, cette presse d’information a connu en France un essor unique au monde dont le meilleur marqueur était la coexistence de plusieurs quotidiens médicaux alors qu’en dehors de l’Allemagne, aucun autre pays au monde n’avait de quotidien pour les médecins. Cette exception française a aujourd’hui disparu, aucun quotidien médical n’ayant survécu à cet effondrement publicitaire, dont l’explication se trouve dans le changement de modèle économique des entreprises du médicament avec des produits matures attaqués par les génériques, une innovation portant sur des niches et la disparition progressive des blockbusters. Mais comme l’ont remarqué les étudiants du MsM – ESCP Europe, pour la première fois depuis 15 ans, le marché publicitaire rebondit en 2015, à +13.6% à fin octobre. Est-ce le signe que « la purge » marquant la fin de cette exception française est terminée ? Peut-être, car une chose est sûre, si les professionnels de santé ont un besoin vital de cette presse tant pour s’informer que se former et échanger, les industriels de la santé en ont tout autant besoin pour défendre et promouvoir non seulement l’innovation mais aussi les bonnes pratiques professionnelles. Les étudiants ont cependant insisté sur la nécessité, pour les éditeurs, de trouver de nouvelles sources de revenus, de savoir monétiser leurs contenus auprès des professionnels de santé, d’être omniprésent et innovant sur le secteur digital.

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Le numérique supplantera-t-il le papier ?

Tous les témoignages des éditeurs le confirment : aucun d’entre eux n’oserait aujourd’hui faire l’impasse sur le numérique. Et chacun de mener diverses offensives dans ce secteur où l’innovation semble encore illimitée. Mais pour autant, aucun d’entre eux n’imagine qu’un jour, le papier aura totalement disparu au profit du support numérique. Car l’usage conditionne le support. Ainsi, un article de formation de 10 pages se lira plus facilement sur le papier que sur un écran ; en revanche, il bénéficiera d’une forte valeur ajoutée avec des compléments numériques, notamment des vidéos de gestes techniques ou une interview vidéo d’expert. Sans doute le défi est-il plus difficile à relever pour la presse d’information où la rapidité du digital créé un avantage concurrentiel majeur sur le papier, confronté à un temps incompressible d’impression et de diffusion postale. Alors, à un horizon d’une dizaine d’années, quelle part pour le numérique versus le papier ? Aucun ratio ne s’impose lors des échanges car il est plus que vraisemblable que celui-ci sera éminemment variable d’un éditeur à un autre en fonction de son public et de son positionnement éditorial.

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La langue française fait de la résistance

L’internationalisation des échanges pourrait laisser penser que la langue française est en voie de disparition au sein de la communauté scientifique au profit de la langue anglaise. C’est sans doute vrai pour le domaine strictement scientifique, autrement dit la diffusion et le partage des travaux originaux de recherche, fondamentale ou clinique. Mais pour la formation initiale et continue, comme pour l’information, les professionnels veulent accéder à des documents produits dans la langue qu’ils maîtrisent le mieux, autrement dit leur langue d’usage, très généralement leur langue maternelle. Que ce soit en France ou dans l’espace francophone, lequel connaîtra une forte croissance démographique au cours des prochaines décennies, les besoins des professionnels de santé francophones pour une information et une formation en langue française ne sont donc pas en voie de disparition, bien au contraire.

Toutefois, le SPEPS avait identifié une menace bien particulière : le système bibliométrique SIGAPS, conditionnant les financements MERRI. Car ce système, par le truchement de l’impact factor, favorise les revues anglophones au détriment de toutes les autres, notamment les revues en langue française. Dès lors, comment conserver aux revues en langue française une attractivité suffisante aux yeux des auteurs, notamment les universitaires ? L’Académie de Médecine, saisie du sujet par le SPEPS, a créé un groupe de travail coordonné par le Pr Jean-Noël Fiessinger, et dont les conclusions seront prochainement rendues publiques. Mais ce débat a permis d’en dévoiler les grandes lignes : l’Académie a décidé de soutenir l’inclusion, dans le dossier de candidature universitaire, d’un « score pédagogique » spécifique prenant en compte, dans des périodiques français, les publications à caractère pédagogique.

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Nouveaux émetteurs : menace ou opportunité ?

Les étudiants du MsM ESCP – Europe ont su parfaitement illustrer les conséquences de cette montée en puissance du phénomène de démocratie sanitaire où le patient tend à jouer un rôle de plus en plus actif. Ainsi, la plupart des patients, avant de se rendre à une consultation médicale, visitent des sites Internet où ils recherchent de l’information sur leur(s) symptôme(s), leur maladie ou leur traitement. Le professionnel de santé est ainsi challengé par un patient informé, parfois même surinformé, mais pas pour autant toujours bien informé. Et la crédibilité des sources émettrices, qu’il s’agisse de blogs ou de sites, est loin d’être garantie. Sans doute est-ce justement sur cette notion de crédibilité que la presse professionnelle de santé a une carte à jouer, en devenant à son tour un émetteur hautement crédible à destination des patients. Et si ce mouvement devait s’engager, peut-être serait-il un accélérateur pour des rapprochements entre presse professionnelle et presse grand public.

Au terme de ce débat, si les défis s’avèrent bien réels, les opportunités pour la presse professionnelle de santé n’en sont pas moins nombreuses, laissant entrevoir un bel avenir pour les publications francophones, toujours plébiscitées par les acteurs de santé comme en témoignent diverses études. A ces publications de faire preuve d’innovation pour répondre aux attentes comme aux challenges !

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