LE 13/11/2013

Prix Editorial 2013 : palmarès ET table ronde

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En attendant les vidéos de la soirée du 14 novembre 2013...

Au cours de la grande soirée annuelle du SPEPS du 14 novembre 2013 s'est tout d'abord tenue une table ronde sur le thème :
« Quel avenir pour la presse médicale et scientifique en français ?
Les enjeux de demain »
animée par le Dr Alain DUCARDONNET (cardiologue, journaliste santé sur BFM) 
avec 
(de gauche à droite sur la photo ci-dessous) :
- Dr Alain Trébucq, président du SPEPS,
- Alain Houlou, linguiste et ethnopsychiatre,

- Pr Bruno Mégarbane, rédacteur en chef de la revue Réanimation,
- Jean-Paul Bachy, Président du Conseil Régional Champagne-Ardenne.

En préambule, Alain Trébucq a resitué le contexte économique particulièrement difficile de la presse, mettant de nombreuses entreprises du secteur en grande difficulté : fort recul de la publicité, lente érosion des diffusions payantes [coupures budgétaires des institutions], législation de plus en plus contraignante, quasi impossibilité pour les éditeurs de livres scientifiques de faire appel au soutien des industries de santé, hausse insupportable des tarifs postaux prévue sur les deux années à venir...

Dans ce contexte, cet espace mondial important (220 millions de locuteurs, 700 millions dans quelques décennies avec l’expansion démographique de l’Afrique) qu’est la Francophonie est une zone d’influence qui peut constituer une formidable opportunité de développement pour l’édition médicale et scientifique en langue française. Pour peu qu’on lui en laisse les capacités…

Pour Jean-Paul Bachy, la Francophonie doit être appréhendée comme une sorte de Commonwealth : au-delà d’une histoire, d’une culture, d’un espace politique, il s’agit d’un enjeu économique : un espace de plusieurs centaines de millions de personnes, d’entrepreneurs et d’acheteurs, qui partagent un système de valeurs et de références culturelles, constituant un rapport de force et un élément d’influence pour les économies qui s’en réclament. Pour plus de cohérence, il recommande la mise en place d’une structure interministérielle transversale, qui rassemblerait tous les ministères concernés, et qui développerait un ensemble d’outils permettant la mise en œuvre des politiques dans les différents domaines (science, éducation, etc.) et leur déclinaison en termes de stratégie économique et technologique, voire médiatique,

Selon Alain Houlou, il n’est pas nécessaire d’opposer le français et les autres langues étrangères (même l’anglais, dont la suprématie semble aujourd’hui évidente, mais menacé désormais aux USA par l’espagnol). Au lieu de s’arc-bouter sur la défense du français classique, il plaide pour une langue française simplifiée, notamment dans son orthographe, afin qu’elle continue à être largement pratiquée. Il cite par ailleurs Léopold Sédar Senghor, fondateur de la francophonie, qui recommandait de choisir une langue pour ses vertus propres (« le français est la langue de la science et de la diplomatie, apte à exprimer aussi bien les sentiments que les sciences ») mais aussi la langue la plus adaptée selon les territoires et la plus pertinente pour faire avancer ses idées, l’important étant ce qu’on a envie d’exprimer.

Bruno Mégarbane a quant à lui détaillé le mécanisme d’évaluation des chercheurs, qui incite fortement ceux-ci à publier en anglais. C’est tout d’abord l’obligation de publier dans des revues à fort impact factor, pour l’essentiel des publications en anglais, pour avoir une visibilité maximale à l’international et progresser dans sa carrière. Ensuite, le système SIGAPS qui détermine, au vu des publications référencées dans la base de données Medline, l’attribution aux hôpitaux des enveloppes budgétaires dites MERRI. Or, malgré leur qualité reconnue, très peu de revues françaises sont référencées sur Medline et elles sont donc frappées d’une double sanction : pas de valorisation des travaux du chercheur individuel, et aucune reconnaissance des travaux, donc pas de financement pour l’équipe. Pour lui, la presse scientifique en langue française est de qualité (mêmes exigences éditoriales que les revues anglo-saxonnes, avec comité de lecture, relecteurs externes, etc.) et elle joue un rôle très important dans les pays francophones. Il faut convaincre les pouvoirs publics de les soutenir.

C’est du reste l’un des combats menés par le SPEPS depuis quelques années : si on peut comprendre l’intérêt pour les chercheurs de publier en anglais, il paraît légitime de réserver une part de ces aides de l’Etat aux publications en français. Cette revendication du SPEPS reçoit un accueil bienveillant de la part des politiques, reste à convaincre les administrations concernées.

Quant au numérique qui, comme le souligne Bruno Mégarbane a changé jusqu’à la façon d’enseigner (il ne s’agit plus aujourd’hui pour les étudiants de tout mémoriser mais de savoir où et comment chercher l’information), il lève la barrière de la langue grâce aux logiciels de traduction et résout les problèmes d’impression et de diffusion, permettant de conquérir un plus large lectorat dans les pays francophones. De fait, la grande majorité des revues du SPEPS ont des extensions numériques, qui apportent une richesse pédagogique et une valeur ajoutée incontestable à l’offre éditoriale globale. Mais dans certains pays francophones, on constate que l’appétence pour la revue papier reste forte. Dans d’autres zones, où la distribution est un réel problème, comme en Afrique sub-saharienne, le numérique a une meilleure pénétration. Il faut en fait s’adapter aux territoires dans lesquels on veut diffuser. Les contenus aussi ont leurs spécificités : il est évident que la presse d’information est de plus en plus menacée par le numérique, puisque la rapidité de la diffusion est un critère déterminant. En revanche, pour la formation ou pour la presse académique, on peut envisager une conception multicanal de la diffusion de l’information pour satisfaire tous les usages.


Pour aider ses adhérents à relever ces nombreux défis et desserrer les contraintes qui pèsent sur leurs activités, le SPEPS multiplie actuellement les démarches afin de créer une mobilisation interministérielle visant à libérer les forces vives qui animent cette presse professionnelle. Pour cela, le SPEPS veut convaincre les politiques :
-      que notre forme de presse est essentielle pour porter la culture médicale française et contribuer au rayonnement de l’excellence de la France dans les sciences de la vie,
-      mais que les réglementations, procédures et autres contraintes législatives qui nous sont imposées sans concertation et sans réflexion quant à leurs conséquences à court terme, nous emprisonnent et brise l’élan des éditeurs dans leurs missions pédagogiques.


Il ne reste qu’à espérer que cette table ronde nous aidera à provoquer cette mobilisation interministérielle dont l’impulsion doit venir de Matignon, voire de l’Elysée !

 

 

Les participants ont ensuite pu assister à la 14ème cérémonie de remise des Prix éditoriaux de la presse des professions de santé.

Vous trouverez ci-dessous le PDF des articles récompensés par un 1er prix dans chaque catégorie ainsi que le Grand Prix, toutes catégories confondues (cliquez sur le visuel pour accéder au PDF).

Et sur le PDF ci-joint (3.5 Mo) toutes les photos du cocktail qui a suivi la remise des prix
(pour recevoir les photos qui vous intéressent, merci de les commander par mail auprès de Catherine Sellier (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) en précisant le numéro qui figure sous la photo.

 

 

 

 



 

 


De gauche à droite : Alain Trébucq, Hervé Maisonneuve, Jacques Buxeraud, Elisa Derrien, Yasmina Ouharzoune et Alain Ducardonnet